Discrète mais essentielle, la filière caprine occupe une place singulière dans le paysage agricole français. Longtemps associée à une image traditionnelle et artisanale, elle se réinvente aujourd’hui à travers des approches innovantes, durables et structurantes pour les territoires.
Entre enjeux de production, adaptation climatique, sélection génétique et valorisation des produits, l’élevage de chèvres s’inscrit pleinement dans les dynamiques d’une agriculture en transition. Focus sur un secteur qui conjugue savoir-faire ancestral et technologies de demain.
Une production spécialisée en pleine mutation
En France, la filière caprine repose principalement sur la production laitière, avec environ 850 000 chèvres réparties dans plus de 4 000 élevages, concentrés notamment dans le Poitou, la région Centre et en Occitanie.
Historiquement structurée autour de petites exploitations familiales, cette filière se modernise. Les élevages adoptent des outils de pilotage technologique, s’ouvrent à la génétique et à l’amélioration des races, tout en intégrant les attentes sociétales : bien-être animal, qualité du lait, circuits courts.
Pour mieux comprendre l’évolution de ces pratiques, il est utile de s’intéresser à l’elevage de chevre, entre professionnalisation, innovation et adaptation aux réalités de terrain.
Une filière qui s’adapte aux enjeux de durabilité
Comme d’autres productions animales, l’élevage caprin fait face à des défis environnementaux croissants : gestion des prairies, autonomie alimentaire, impact carbone, pression sur les ressources naturelles.
Pour y répondre, de nombreux éleveurs intègrent aujourd’hui des pratiques agroécologiques : pâturage tournant, réduction des intrants, valorisation locale des effluents, diversité des cultures fourragères. Ces pratiques participent à un équilibre entre production et respect de l’environnement, et font écho aux orientations défendues dans le cadre de la transition agroécologique.
Sélection génétique et recherche appliquée : des leviers d’avenir

L’innovation passe aussi par la génétique. À l’instar de ce que développe certaines entreprises dans la filière des fruits ou des fleurs, des programmes de sélection caprine visent à renforcer la robustesse des animaux, leur efficacité alimentaire ou encore leur résistance aux maladies.
Des outils d’évaluation génomique permettent d’identifier les reproducteurs les plus adaptés aux nouveaux enjeux : production laitière durable, longévité, adaptation au pâturage extensif… Cette approche scientifique contribue à sécuriser les élevages sur le long terme, tout en améliorant la qualité globale de la filière.
De la production à la valorisation : l’atout terroir
La filière caprine bénéficie d’un lien fort au terroir. Les fromages de chèvre (crottin de Chavignol, Valençay, Rocamadour…) sont reconnus bien au-delà de leur bassin de production. Cette identité locale constitue un atout majeur, tant en termes économiques que culturels.
Le développement de circuits courts, la montée en gamme des produits, mais aussi la demande en alimentation plus durable, offrent de nouvelles perspectives aux éleveurs. Certains intègrent même la transformation sur l’exploitation pour mieux maîtriser la chaîne de valeur.
Au cœur de cette dynamique, la place des femmes dans la filière caprine mérite également d’être soulignée. Représentant près d’un tiers des chefs d’exploitation dans ce secteur, elles participent activement à son renouveau, que ce soit à travers la transformation, la vente directe ou l’adoption de pratiques durables.
Un reportage publié par Madame Figaro met en lumière cette réalité en suivant le quotidien de six agricultrices engagées, dont plusieurs évoluent dans l’élevage caprin, illustrant la diversité et la passion qui animent ces professionnelles
Une filière en phase avec les enjeux agricoles actuels
À la croisée de l’agriculture de précision, de l’agroécologie et de la valorisation territoriale, la filière caprine est en train de redéfinir ses contours. Loin d’une image figée, elle incarne aujourd’hui une dynamique de professionnalisation raisonnée, de transformation des pratiques, et de coopération entre acteurs de terrain et instituts de recherche.
Un modèle résolument tourné vers l’avenir, qui mérite toute sa place dans le débat sur l’agriculture de demain.