Les mécanismes de déformation des fruits

| Publié par | Catégories : Charlotte, Revue de Presse, Variétés de fraises

Les fruits déformés sont un problème courant en production de fraise. Pour autant, il reste difficile de déterminer les causes de ce désordre. De la génétique à l’environnement, une multitude de facteurs peuvent en effet interagir et pénaliser la production en quantité et en qualité. Les équipes mobilisées sur ce sujet à l’INRA,  au Ciref et à Fraise Concept font le point sur les travaux engagés aujourd’hui.

Charlotte, un fruit de qualité « trop » variable ou la belle endormie

« Cordiforme », « brillante », « rouge vif », « charnue » sont des adjectifs utilisés pour caractériser Charlotte, la variété de fraise remontante phare du Ciref. « Bosselée », « sillonnée », « avec les akènes qui sortent »… la qualifient un peu trop souvent depuis la fin des années 2000. La faute au changement climatique pour certains, qui observent des hausses de taux de fruits déformés après les pics de chaleur du mois de juin ; une dérive génétique pour d’autres qui se rappellent avec nostalgie la « Charlotte d’antan » …. toutes ces hypothèses ne satisfont pas le Ciref qui pousse plus loin ses investigations.

Depuis 2010, le Ciref a entrepris un suivi rigoureux chez des producteurs référents de Dordogne et du Lot-et-Garonne afin de tester certaines hypothèses de travail. L’objectif était de quantifier ce que certains appellent « trop de fruit déformés ».  Ces premiers travaux ont mis en évidence une corrélation entre les pics de température et la qualité du fruit, ainsi qu’entre le ratio surface foliaire par hampe florale et les fruits déformés. Cependant, d’autres interrogations demeurent : comment expliquer les différences observées sur plusieurs années ? Pourquoi les pics de chaleur de 2006 n’ont-ils pas occasionné autant de fruits déformés que les pics de chaleur actuels ? Que penser de la multiplication des observations de fruits déformés ? L’ensemble des réflexions en cours sont mises en confrontation avec les experts en recherche fondamentale (Cf. encart).

L’avis des experts

Au cours d’une série de flash-conférences de 10h30 à 12h00 pendant le PERIFEL, le Ciref fera intervenir ses principaux experts sur les nouvelles pistes de travail. Emeline Teyssier, de l’Université de Bordeaux, évoquera l’épigénétique, et  expliquera en quoi ce phénomène peut influencer le développement du plant. L’épigénétique est l’étude des changements de l’activité des gènes, en l’absence de modification de la séquence d’ADN et pouvant être transmis lors des divisions cellulaires. Contrairement aux mutations génétiques qui affectent la séquence d’ADN, les modifications épigénétiques sont réversibles. Alors que la génétique correspond à l’étude des gènes, l’épigénétique s’intéresse à une « couche » d’informations complémentaires qui définit comment ces gènes vont être utilisés par une cellule ou… ne pas l’être. Par analogie, la distinction entre la génétique et l’épigénétique correspond à la différence entre l’écriture d’un livre et sa lecture. Le texte du livre (les gènes ou l’information stockée sous forme d’ADN) est le même dans tous les exemplaires publiés. Cependant, chaque lecteur du livre a sa propre interprétation de l’histoire.

Frédéric Delmas, de l’Université de Bordeaux, nous expliquera comment la qualité du pollen peut impacter la forme du fruit. Le gamète mâle du fraisier, le pollen, n’intervient pas dans la multiplication du fraisier cultivé, puisqu’elle est assurée par les stolons. En revanche, la qualité du pollen, à savoir sa capacité à féconder le pistil, influence indirectement la qualité du fruit. La formation de ce dernier est en effet conditionnée par la fécondation de l’ovule et le développement de l’akène, induisant le gonflement du réceptacle sous-jacent.

Justine Perrotte, de Fraise Concept, responsable du laboratoire de production de vitroplants de fraisier, définira si la technique de culture in vitro peut engendrer des désordres dans le fraisier. En respectant les consignes préconisées par le Ctifl, il n’existe pas a priori de risque de dérive physiologique. Mais jusqu’où peut-on aller avec la culture in vitro ?

Enfin, Aurélie Petit, responsable de la recherche en appui à la sélection au Ciref, abordera les symptômes de fruits déformés causés par les virus chez les plantes. Une stratégie de détection de nouveaux virus de fraisier provoquant une malformation des fruits sera aussi exposée.

Pour plus d’informations, venez discuter avec Christophe Carmagnat, le 1er octobre aux 6e Rencontres Variétales, lors du PERIFEL.

Un projet pour réveiller Charlotte !

Le Ciref se prépare à lancer le projet « Qualifraise* » dont il est l’initiateur et le coordinateur. Intégrant toute la chaîne de production, du maintien de la variété à la production de fruits, en passant par les différentes phases de multiplication du plant, ce projet permettra de stabiliser et sécuriser la production de Charlotte en faisant intervenir diverses compétences scientifiques et techniques dans les domaines de la génétique, l’épigénétique, la physiologie, la virologie, l’expérimentation… Le projet sera mené pendant 3 ans ½ en partenariat avec l’INRA de Bordeaux et INVENIO.

*ce projet est cofinancé par la Région Nouvelle-Aquitaine et l’Union Européenne avec le FEDER logos feder nelle aquitaine