La sélection en conditions de culture biologique

| Publié par | Catégories : Création variétale, Revue de Presse

 

2015 est la première année au cours de laquelle le Ciref a réalisé la première étape de son programme de sélection spécifique « sol » en conditions de culture biologique. Quels sont les objectifs et les intérêts d’une telle pratique ?

Il est reconnu que le fraisier cultivé est une espèce à la structure génétique complexe. C’est un octoploïde : il contient 56 chromosomes répartis en 8 lots de 7 chromosomes de base, alors que par exemple le fraisier des bois n’a que 14 chromosomes répartis en 2 lots de 7. Et il est hétérozygote : chaque gène présente 2 versions différentes. Cette complexité génétique augmente le caractère aléatoire du résultat des croisements. Quand on croise une plante intéressante pour la fructification avec une plante résistante à une maladie, on n’obtient pas forcément des individus dits hybrides qui présentent ces deux avantages. Cela nécessite donc l’observation d’un grand nombre d’hybrides, dans des conditions qui maximisent l’apparition des caractères rédhibitoires sur toutes les parties de la plante, en végétation et en production, et qui permettront leur élimination.

Comme les plantes doivent être suffisamment développées pour notamment apprécier la qualité du fruit, il est nécessaire de trouver le bon équilibre entre des stress suffisants appliqués aux plantes et des conditions de production de fruit décentes. C’est pourquoi le Ciref a implanté en 2014 son champ de sélection sur une parcelle menée en conditions de culture biologique.

Un tel dispositif permet aux plantes de développer un système racinaire plus puissant qui supportera mieux par la suite des conditions d’implantation variables, et d’éliminer celles qui présentent des sensibilités aux maladies telluriques. Comme il n’y a aucun pesticide appliqué sur cette parcelle, cela permet aussi de mieux identifier les individus affectés par une maladie ou un parasite. Sélectionner, c’est éliminer. Tous les facteurs qui facilitent le choix de plusieurs dizaines d’individus parmi des milliers sont donc à considérer, sachant qu’une sélection qui émerge dans ces conditions montrera sûrement des performances supérieures en  culture conventionnelle. Enfin, les conditions de culture biologique permettent un développement du fruit suffisant pour bien apprécier l’aspect du fruit (forme, couleur) et ses principales caractéristiques gustatives. Néanmoins, à ce stade du processus de sélection, la plante évaluée est issue de semis et non de propagation par un stolon, ce qui limite l’appréciation de certains caractères tels ceux liés aux composantes de rendement, non déclinables en conditions de production réelle. C’est pourquoi il est nécessaire à ce stade de conserver un nombre conséquent d’individus pour observation l’année suivante, à partir de stolonnage cette fois-ci.

Le programme de sélection en sol du Ciref n’est qu’une composante de son programme de création variétale puisqu’il met aussi en œuvre un important programme hors-sol. Réaliser sa première année d’observations en sol en conditions de culture biologique est pour le sélectionneur une possibilité de faire le tri des hybrides dans des conditions plus discriminantes, et plus en phase avec les orientations de la production en termes de limitation des intrants, toujours dans le souci d’anticiper les besoins futurs des producteurs. N’oublions pas qu’une sélection observée dans cette parcelle en 2015 ne sera commercialisée au plus tôt qu’en 2023 avec une chance de devenir une variété notoire que vers 2028…

Si la question vous intéresse, venez échanger vos points de vue avec notre sélectionneur, Philippe Chartier, lors du PERIFEL 2015, ce 1er octobre à Douville !

Champ de sélection en cours d’observation

 Champ de sélection en cours d’observation. Certains plants ont été éliminés à l’automne. Chaque plant est observé plusieurs fois et est marqué s’il présente un intérêt particulier. Le plastique inter-rang permet de contrôler la pousse des adventices, problème récurrent en conditions de culture biologique, ce qui réduit les coûts d’entretien de la parcelle.

 

Certains plants ont été éliminés à l’automne. Chaque plant est observé plusieurs fois et est marqué s’il présente un intérêt particulier. Le plastique inter-rang permet de contrôler la pousse des adventices, problème récurrent en conditions de culture biologique, ce qui réduit les coûts d’entretien de la parcelle.

Le même champ une fois le tri effectué

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Les plantes éliminées ont été sorties de la parcelle pour éviter tout mélange de stolons. Sur chaque plant conservé seront prélevés 10 stolons pour produire le nouveau plant qui sera observé l’année suivante.

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Cette photo permet de voir des différences de comportement de certaines familles dans les conditions de culture biologique

Le groupe de plantes sur le 4ème rang est issu d’un croisement qui se comporte particulièrement bien dans ces conditions alors que d’autres groupes sont totalement éliminés. L’analyse du pedigree permettra de reconsidérer les parents pour la prochaine série de croisements.