Origine et évolution…

Le fraisier est une plante à multiplication végétative. Elle émet des stolons qui sont ces ramifications aux 2 premiers entre-nœuds très allongés avec apparition de racines au niveau du 2ème nœud. La plante fille obtenue est un clone qui conserve la structure hétérozygote de la plante mère. A la base du processus de sélection, c’est le croisement entre 2 fraisiers, plantes hétérozygotes, qui donne une descendance hétérogène à l’intérieur de laquelle le sélectionneur va repérer les plantes qui présentent les qualités recherchées et qui seront multipliées par stolons dans la suite du processus de sélection.

Vicomtesse Héricart de Thury

Variété Vicomtesse Héricart de Thury

Surprise des Halles

Variété Surprise des Halles

Docteur Morère

Variété Docteur Morère

Au XIXème siècle, cette méthode simple a permis l’obtention par des horticulteurs de nombreuses variétés qui semblaient d’autant plus productives que les anciennes variétés subissaient une dégénérescence due aux infestations virales progressives qui les affectaient. Parmi les principales variétés, nous pouvons citer « Vicomtesse Héricart de Thury » (obtenteur Graindorge, 1849, qui était encore la variété la plus populaire au début du XXème siècle, également connue sous le nom de « La Ricarde »), « Docteur Morère » (obtenteur Berger, 1865), « madame Moutôt » (obtenteur Charles Moutôt, 1906, cultivée sur toute l’Europe et représentant la moitié de l’emblavement dans les années 50), « Surprise des Halles » (obtenteur Guyot, 1929, caractérisée par sa précocité, la taille de son fruit et son aptitude au transport).

La première variété remontante fut « Saint-Joseph » (obtenteur Thivolet, 1893). Puis vint « Abondance » (obtenteur Gauthier, 1905), « Sans Rivale » (obtenteur Chapron, 1937).

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la sélection des variétés prend une nouvelle tournure avec le remplacement des améliorateurs horticulteurs par les stations de recherche qui se développent et introduisent des méthodes de sélection plus rigoureuses.
Les objectifs de sélection des différents programmes de sélection européens de l’époque sont assez uniformes, orientés vers des préoccupations communes :

  • Adaptation aux conditions climatiques et résistances aux maladies,
  • Potentiel de rendement commercial, calibre du fruit,
  • Qualité marchande : aptitude au transport.
Variété redgaunlet

Variété redgaunlet

La principale méthode utilisée consistait à combiner des caractères complémentaires en croisant par exemple des variétés européennes anciennes à fruits parfumés par des variétés américaines productives à fruit plus ferme et gros. Parmi les nouvelles variétés sélectionnées, figurent : « Cambridge Favourite » (université de Cambridge, 1947), « Sengana » (Von Sengbuch, 1954) au fruit très coloré, importante encore actuellement pour l’industrie de transformation (notamment en Pologne), « Redgauntlet » (SCRI, Ecosse, 1957), semi remontante, Redgautlet « Gorella » (IVT, Pays-Bas, 1960), variété à fort rendement très répandue en Europe qui fut par la suite remplacée par « Elsanta » (IVT, Pays-Bas, 1984) variété majeure du nord de l’Europe de nos jours. Elle représenta en France près de la moitié de la production nationale. « Gento » (Hummel, Allemagne, 1971) remontante qui fut très utilisée par les jardiniers amateurs.

Dans le même temps, dans les universités américaines, des programmes de sélections utilisèrent des espèces sauvages octoploïdes comme Fragaria chiloensis en tant que source de variabilité pour obtenir des variétés plus adaptées aux conditions locales avec des besoins en froid faibles et aux fruits plus fermes et de calibre supérieur. Ainsi furent sélectionnées par l’université de Californie, des variétés qui se développèrent également dans le sud de l’Europe : « Pajaro » (1984), très cultivée dans le sud-est de la France. « Chandler » (1987), cultivée en Espagne où lui succéda « Camarosa » (1997), la plus cultivée en Europe et Italie. « Selva » (1997) pour les remontantes.
Ces variétés productives permirent un fort développement de la production de fraise en Italie et Espagne. Elles participèrent également à l’augmentation des exportations vers les pays tiers, dont la France, mais avec des fruits de valeur gustative faible. Face à cette menace, la production française devait se tourner vers des productions de qualité.

variété favette

variété favette

Alors que les autres sélectionneurs européens et américains ont plutôt les objectifs de sélection pré cités orientés vers la taille du fruit, sa fermeté, sa résistance au transport, la recherche française avec l’INRA a toujours conservé la qualité gustative dans ses objectifs. Actif jusqu’en 1978, le programme d’amélioration des plantes de la station d’Avignon-Montfavet donna ainsi naissance à « Belrubi » en 1973, « Gariguette » en 1976, et « Favette » en 1978.

Des pépiniéristes obtenteurs se sont par la suite orientés vers ce type de variétés gustatives parmi lesquels nous trouvons « Mara des bois » (G.A. Marionnet, 1991), remontante au fruit parfumé et au goût musqué, « Darsélect » (Darbonne, 1996) qui remplaça Elsanta dans le sud de la France.

Fondés sur cet héritage qualitatif du programme d’amélioration de l’INRA, les objectifs de qualité gustative furent à la base de la création du programme de sélection du Ciref en 1988. 10 ans après, c’est toute une gamme de variétés gustatives de jours courts qui était proposée au producteurs avec « Ciflorette », « Cigaline », « Cireine » et « Ciloé », qui sera suivie à partir de 2000 par la gamme des remontantes avec « Cirafine », « Cijosée », « Cirano », et plus récemment « Charlotte ».

Variété Charlotte

Variété Charlotte